Cette intervention illustre l’intérêt de la photogrammétrie par drone lorsqu’il faut obtenir rapidement une représentation fidèle d’un ouvrage complexe, tout en limitant l’exposition des intervenants à un environnement potentiellement dangereux.
Une situation exceptionnelle
Deux navires avaient été placés dans la forme de radoub la veille de l’intervention. Après la vidange de la forme, les équipes présentes ont constaté que l’Albatros, un ancien patrouilleur de la Marine nationale d’environ 80 mètres de longueur, présentait une gîte anormale et ne semblait pas reposer correctement sur l’ensemble de ses tins.
Plusieurs questions se posaient immédiatement : la coque avait-elle subi une déformation ? Une déchirure était-elle apparue lors de la mise en appui ? Était-il possible d’envoyer des opérateurs à proximité du navire en toute sécurité ?
Avant toute intervention humaine, il fallait disposer d’une vision précise de la situation.
Pourquoi la photogrammétrie
La photogrammétrie permet de reconstruire un objet en trois dimensions à partir de plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de photographies. Dans ce contexte, elle présentait plusieurs avantages majeurs :
- acquisition extrêmement rapide
- absence de contact avec le navire
- couverture intégrale des œuvres vives accessibles
- conservation d’un état de référence
- possibilité de réaliser des mesures directement sur le modèle 3D
Les données produites devaient permettre aux équipes d’expertise de disposer d’une représentation métrique fiable avant toute prise de décision.
Une intervention sous forte contrainte
Le délai de réalisation était particulièrement court : la mission devait être menée dans la journée, quelques heures seulement après la découverte de la situation.
À cette contrainte temporelle s’ajoutaient plusieurs difficultés techniques. La région connaissait ce jour-là des températures exceptionnellement élevées, imposant une gestion rigoureuse des batteries du drone afin de garantir la sécurité des vols et la qualité des acquisitions.
Par ailleurs, une panne électrique affectait le site au moment de l’intervention. Les pompes de relevage de la forme de radoub étant à l’arrêt, celle-ci se remplissait progressivement au fil de la journée, réduisant la fenêtre disponible pour acquérir certaines zones de la coque. Chaque minute comptait.
L’eau remonte progressivement dans la forme de radoub : chaque minute de vol compte avant que certaines zones de la coque ne deviennent inaccessibles.
Une acquisition de précision
Pour cette mission, un DJI Mavic 3 Enterprise RTK a été utilisé. Le géoréférencement a été renforcé par la mise en place de plusieurs points de contrôle au sol, relevés au moyen d’un Emlid Reach RS2+. Les coordonnées ont été livrées en Lambert 93 CC45 RAF20.
Au total :
- près de 1 300 photographies ont été réalisées
- l’ensemble des vols a été effectué en mode RTK
- plusieurs vidéos d’inspection ont également été produites afin de faciliter l’analyse visuelle des zones sensibles
Des données exploitables immédiatement
Les livrables remis comprenaient :
- les photographies haute résolution
- les vidéos d’inspection
- les coordonnées des points de contrôle
- les relevés topographiques
Les données ont également été traitées dans Agisoft Metashape afin de produire un nuage de points et un modèle 3D complet des navires. Cette reconstruction confirme l’intérêt de la photogrammétrie dans les environnements industriels complexes.
La valeur ajoutée d’un modèle 3D
Au-delà des simples photographies, un modèle tridimensionnel permet :
- d’effectuer des mesures précises
- de conserver un état initial du site
- de partager facilement les données entre plusieurs intervenants
- de préparer des expertises complémentaires
- de documenter les opérations de maintenance ou de démolition
Dans cette mission, les données acquises ont notamment contribué à lever les doutes sur l’état apparent de la coque, tout en fournissant une base géométrique exploitable par les équipes techniques.
La photogrammétrie au service de l’industrie
Si la photogrammétrie est aujourd’hui largement utilisée dans les secteurs du BTP et de la topographie, elle trouve également des applications particulièrement pertinentes dans les domaines suivants :
- maritime
- portuaire
- industriel
- maintenance lourde
- inspection technique
- démolition
- expertise après incident
La capacité à produire rapidement un modèle 3D précis constitue un véritable outil d’aide à la décision.
Un accompagnement adapté aux industriels
Ce type de mission (photogrammétrie par drone, relevés topographiques, modélisation 3D, inspection technique, thermographie infrarouge, acquisition de données géospatiales) s’adresse aux acteurs industriels, portuaires et maritimes confrontés à des situations où le délai, la sécurité et la précision sont indissociables. Chaque intervention est adaptée aux contraintes du terrain afin de fournir des données fiables, exploitables et rapidement disponibles.
Une situation d’urgence sur un ouvrage complexe ?
Délai serré, environnement contraint, besoin d’une donnée fiable avant toute décision : décrivez-nous votre situation.
Questions fréquentes
Pourquoi ne pas avoir simplement pris des photos classiques ?
Des photos isolées documentent un instant mais ne permettent pas de mesurer. La photogrammétrie transforme plusieurs centaines de clichés en un modèle 3D géoréférencé sur lequel on peut effectuer des mesures précises, comparer un état dans le temps ou partager une même référence géométrique entre plusieurs équipes d’expertise.
Combien de temps faut-il pour obtenir les livrables après le vol ?
Le vol lui-même s’est déroulé en quelques heures. Le traitement photogrammétrique sous Agisoft Metashape, qui transforme les photographies en nuage de points puis en modèle 3D, demande ensuite un temps de calcul variable selon la complexité de la scène et le nombre de photos, généralement de quelques heures à une journée.
La photogrammétrie fonctionne-t-elle sur un site en activité ou en urgence ?
Oui, c’est précisément l’un de ses atouts. Contrairement à un relevé topographique classique, l’acquisition par drone est rapide et ne nécessite pas d’arrêter les autres opérations du site, ce qui la rend adaptée aux interventions d’urgence comme aux missions programmées.
Peut-on intervenir sur d’autres types d’ouvrages maritimes ou industriels ?
Oui. Formes de radoub, quais, hangars industriels, sites portuaires : la méthode s’adapte à la plupart des ouvrages extérieurs de grande dimension, dès lors qu’une couverture photographique complète est possible.